Mathilde Verdin
Mathilde Verdin (1994) vit et travaille à Paris.
Le travail de Mathilde Verdin trouve son origine dans cinq siècles de généalogie, ancré au sein de la même parcelle de territoire breton. Son approche de la Bretagne implique une considération intime, la hissant au statut d'organisme vivant, étant plus qu'une entité territoriale matérielle à documenter. Un lieu sacré où s'expriment de manière cyclique les vestiges historiques de mémoire humaine, une accumulation presque mystique des traces que nos ancêtres ont déposé lors de leur traversée sur cet endroit commun. Elle crée ainsi une mémoire bretonne dans son travail artistique, faisant de sa terre natale bien plus qu'un simple décor, une réserve de présence de ceux qui ne sont plus.
Sa pratique se construit à partir d'une écoute. L'être humain devient une antenne sensible capable de recevoir les atmosphères, ressentir les présences et les mémoires invisibles qui habitent les lieux.
Elle se place dans une position de réception presque médiumnique, non au sens de la communication avec les morts, mais dirigé vers une attention extrême aux présences résiduelles.
Elle entend par la notion de mini film-intérieur, cette atmosphère dont émane la lumière émise par les objets, les lieux, ainsi que par les êtres, même après leur départ. C'est sa définition du deuil.
Son choix de représenter les corps de dos, marque de fabrique de son vocabulaire formel, est une contrainte choisie. L'absence de visage n'a pas vocation à réfuter l'idée de montrer mais au contraire de mettre au premier plan celui qui écoute ce que le lieu a à raconter. En effaçant les traits, elle ouvre un espace de projection à toute personne de s'installer dans cet espace et prendre possession de ce corps vide d'identité.
Qu'il s'agisse d'une chapelle oubliée, d'espaces domestiques vides ou d'objets qu'on ne peut jeter, le territoire breton est ici acteur principal de sa démarche de par sa langue, ses paysages, ses rites et particulièrement sa capacité à conserver une présence sous forme de trace. C'est la logique appliquée lors de ses échanges entre la peinture et la sculpture où l'un apprend à regarder et l'autre à solidifier l'espace. Un paysage vécu devient alors relique, voire matière portant l'absence d'un corps, faisant de son exploration artistique une archéologie du deuil ordinaire.
Mathilde Verdin utilise ses œuvres comme outils de réponse à deux grandes questions qu'elle se pose, à savoir, « Comment un territoire garde-t-il la mémoire des êtres qui l'ont traversé ? » Et « Comment le paysage cesse-t-il d'être un décor pour devenir une entité qui conserve, qui agit, qui transforme ceux qui y vivent et ceux qui ont disparu ? ».
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« Fontaine votive »
Grès modelé, cuit à 1090°, finitions peinture à l’huile, vernis satiné. 2026
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« La traversée »
Grès modelé, cuit à 1090°, finitions peinture à l’huile, vernis satiné. 2026
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