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Artistes

Gabriel Folli

Né à Chauny en 1990. Vit et travaille à Amiens, et ailleurs.
Fondateur de Private Place Project (commissariat d'exposition indépendant, depuis 2017). @privateplaceproject sur Instagram.

Représenté par la Galerie Provost-Hacker (Lille) et Artitude galerie (Bruxelles).
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D’un monde effleuré surgit l’obscur, s’abîme le soleil. Une ambivalence colorée où baigne une incertitude depuis laquelle la pensée se risque à la recherche du concevable ; quels devenirs pour ce qui (pré)existe ? De cette double extrémité, entre ce qui est et ce qui n’est pas, s’exprime une préoccupation existentielle qui revêt un caractère de quête inlassable. Celle d’un questionnement trouvant ses finalités dans une certaine pratique du sens, équivalent aux conditions de son émergence et, au-delà, de ses possibles saisies. Des oeuvres de Gabriel Folli ne se retient ainsi que ce qui semble avoir été entraperçu. Car l’artiste travaille à l’épreuve d’une réflexion traversant les délaissements du temps, en expérimentant le processus de structuration d’une histoire, prête à se dévoiler, selon lui.

D’abord par l’image transposée d’un médium à un autre. De la photographie au dessin réalisé au fusain, elle prend valeur de document par la réminiscence d’une mémoire à la lisière de l’oubli. De ce potentiel moment de bascule, Gabriel Folli en fait le vecteur de nos souvenirs. S’éprouvent alors les capacités de percevoir ce que l’image recèle et le texte révèle. La relation entre ces deux langages, visuel et scriptural, s’élabore selon une plasticité reflétant un système de significations nommant l’espace et le temps. Ce cadre d’appréhension d’une expérience de l’image par la narration du texte, crée un équilibre fragile entre la réalité et la fiction. À la jonction de ces deux univers s’émeut l’imaginaire à travers une concordance des temps. Celle d’une résurgence du passé depuis un présent recomposé comme prétexte d’anticipation d’un futur imminent.

Cet état des lieux du monde actuel dressé par Gabriel Folli, qu’il soit géopolitique, économique, politique ou social, rapproche sa démarche du fragmentaire, à l’exemple de sa récente série Composition. Par une économie de moyens qui lui est chère, il réorganise délibérément notre vision du présent en confrontant un ensemble d’éléments disparates par le collage et le mélange des techniques et des matières. Au détour des fleurs extraites d’un herbier datant de 2003, et d’autres cueillies en 2020, s’ajustent, entre autres, mots et phrases tirés de l’actualité ou de la poésie, citations et hommages, visages connus ou inconnus, Polaroid, dessins d’architecture ou croquis représentant les monuments historiques ou les hortillonnages de la ville d’Amiens. Pour l’artiste amiénois qui désire naviguer dans les époques, la région des Hauts-de-France est un espace géographique de référence. En puisant parmi son riche patrimoine architectural, religieux et industriel, il portraiture de manière cartographique le devenir historique, parfois fantomatique car délaissé, de ces territoires en mutation.

Gabriel Folli sème ses propres traces en s’appropriant celles du lointain et du proche. Son oeuvre s’appréhende tel un tout réflexif cheminant au gré d’une récurrence de certains motifs et d’apports nouveaux. L’artiste collecte, inventorie, assemble, construit et déconstruit les formes, se joue des formats, dans une logique constante de mise en ordre du désordre. De l’image transposée aux expérimentations du collage, se contemple une harmonie frôlant le chaos. À l’enchevêtrement des éléments de surface en surface, interagissent les multiples profondeurs visuelles reconsidérant les tenants et aboutissants des dynamiques du temps. Par où débuter, par quoi finir. S’arpente alors le monde à la mesure des empreintes d’un corps-voyant, agissant à rebours d’une recherche de l’unique ou d’une quelconque vérité. Prêtant directement ou indirectement attention à ce qui l’environne, en tentant d’inventer les points de repère d’une nouvelle représentation de ce qui fait face. De ce qui peut s’envisager. Le paysage et ses débordements, rejouant les limites de l’observable à l’aune de ce qui est observé et exposé. L’évanescence d’une présence au monde. Une manière sensible de l’habiter.

Au temps vécu, fanent les fleurs.

Nous étions pourtant là.

__ Diane Der Markarian (Jeunes Critiques d'art), septembre 2020. Texte pour mon solo show à La Maison de la Culture d'Amiens (report en 2021)