Céline Cuvelier, lauréate du programme de résidence dédié aux liens entre art, société et psychiatrie, explore l’enfermement physique et psychique à travers son travail artistique. Lors de ses ateliers hebdomadaires dans la prison de femmes de Bruxelles, elle a rencontré différentes femmes ayant commis des infanticides.
Tous les dix jours, elle réalise une aquarelle. Elle peint une maison, où vivait une femme qui a commis un infanticide. Selon une note du ministère de l’intérieur datant de 2022, une mère tue son enfant tous les dix jours en France.
Loin du sensationnalisme qui y est habituellement associé, dans les aquarelles de Céline, la banalité de la maison familiale contraste avec le crime commis et devient un lieu où se projettent les contradictions sociales entourant ces affaires. L’espace domestique renvoie à l’intimité, mais aussi à une forme d’idéal de stabilité, de réussite et d’harmonie familiale. Il se confronte aux témoignages médiatisés insistant sur la « normalité » supposée de ces mères, participant à construire l’incompréhension, mais aussi l’horreur face à l’acte. Céline Cuvelier met cela en évidence en reprenant des propos relayés par la presse comme titres de ses aquarelles. On peut ainsi lire : « Elle disait pourtant toujours bonjour », « C’était quelqu’un tout à fait comme tout le monde » ou encore « On a été étonnés, car elle avait de beaux enfants ».
Elle questionne ainsi la manière dont ces femmes sont perçues par la société et la justice : la figure du monstre social, les différents milieux socio-économiques dont elles proviennent, les profils psychiatriques de ces femmes et la manière dont la société et la justice les condamnent. Selon elle, les mères infanticides concentrent l’enchevêtrement d’une même logique de violence répétée. Très présente dans sa pratique, l’eau, symbole de la fluidité et de la transparence, fait écho au ruissellement de la souffrance et de la violence qu’on tente d’étouffer, mais qui finit par jaillir.
Vues de l’atelier de Céline Cuvelier à la Cité internationale des arts, février 2026.
Photographies : Esin Ayber
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